Lois

PASSE NAVIGO ET VIE PRIVEE

Depuis plusieurs mois la RATP fait une forte pression sur ses abonnés pour qu’ils passent de la carte orange au passe navigo (il y avait notamment un stand RATP pour cela au dernier salon marjolaine). Le but est que dans quelques temps la carte orange n’existe plus et qu’il n’y ait plus que le passe navigo. Cela pourrait sembler anodin, mais il y a des différences techniques entre ces deux systèmes d’abonnement.

La carte orange est une carte associée a un coupon (au même format qu’un ticket de métro) sur lequel il y a une bande magnétique. Le coupon est valable une semaine ou un mois. Quand on monte dans le métro ou le RER ou un bus, le composteur lit le numéro enregistré sur la bande magnétique du coupon. Il est donc possible de retracer le chemin parcouru par une carte orange, de point de compostage en point de compostage. C’est d’ailleurs ce que fait la RATP pour faire ses statistiques de fréquentation. Mais il y a quand même des limites : L’usager sait quand le numéro de sa carte est lu : quand il met lui-même son coupon dans le composteur. Le numéro d’une carte orange ne peut être lu qu’aux points de compostage, ou par un contrôleur équipé d’un lecteur de carte portatif. Les coupons étant valables pendant au maximum un mois, il n’est possible de pister le coupon d’une carte orange que pendant au maximum un mois (ce qui est déjà long). Ensuite l’usager va acheter un autre coupon pour le mois suivant, donc avec un autre numéro. Il n’est pas nécessaire de donner une quelconque information personnelle pour acheter une carte orange, il n’est donc pas possible pour la RATP de faire la liaison entre un numéro de coupon et l’identité de son porteur (sauf si un contrôleur équipé d’un lecteur portatif verbalise quelqu’un et note son identité).

Le passe navigo est une carte dans laquelle est insérée une puce RFID, c’est le système qui permet que la carte soit lue a distance. Pour valider le passe navigo il suffit de l’approcher de la machine a composter, cette machine lit le numéro de la puce et fait un « ting » pour informer l’usager que son passe est validé. C’est fort pratique parce qu’il n’est pas nécessaire de sortir son passe de sa poche ou de son sac : les machines a composter arrivent a lire les passes navigo jusqu’à une distance d’environ 10 cm. Mais, le passe navigo n’est pas renouvelé tous les mois. Il est associé a un compte a la RATP, et quand on arrive a la fin de la période pour laquelle on a payé, il faut « recharger son passe navigo », c’est a dire qu’on paye pour une nouvelle période, ce qui valide le compte associé au passe pour cette nouvelle période. Le passe (et donc la puce qu’il contient) n’étant pas changé, il est techniquement possible de retracer le chemin parcouru par un passe pendant beaucoup plus longtemps qu’un mois.

De plus, pour avoir un passe il faut donner beaucoup d’informations personnelles : Genre (Monsieur, Madame ou Mademoiselle) Nom* Prénom* Date de naissance* Adresse postale complète* Téléphone fixe Téléphone portable Adresse e-mail Photo* Signature* (* renseignements obligatoires) Pour donner tous ces renseignements il est prévu un formulaire dont le format permet de comprendre qu’il va faire l’objet d’une saisie informatique automatisée. D’ailleurs la photo est scannée et imprimée sur le passe.

On peut ajouter qu’une puce RFID est lisible par toute sorte de lecteurs. Les composteurs sont équipés de lecteurs qui détectent les passes navigo a une distance de 10 cm environ et qui émettent un son pour signaler cette détection. Techniquement rien n’empêcherait de faire des détecteurs capables de lire les passes navigo a plusieurs mètres de distance, qui soient cachés dans le mobilier de sorte que les utilisateurs ne voient pas qu’il y a un lecteur a cet endroit la, et qui n’émettent aucun son quand ils détectent un passe. Techniquement rien n’empêcherait non plus de faire des détecteurs portatifs qui permettraient au porteur du détecteur de lire tous les passes navigo a plusieurs mètres autour de lui.

Donc il est techniquement possible de suivre le chemin d’un passe navigo pendant des durées beaucoup plus longues qu’un mois, avec des points d’enregistrement qui ne sont pas nécessairement les points de compostage pour accéder aux transports en commun et qui peuvent être mobiles et/ou a l’insu des usagers, et d’associer tout cela immédiatement a l’identité, l’adresse et la photo du porteur du passe.

La RATP argumente que tout cela est fait pour faciliter les statistiques de fréquentation, et que les données personnelles (lieux et heures de passage) ainsi collectées ne sont pas communiquées a des tiers et sont effacées au bout de 8 jours. C’est certainement vrai actuellement.

Imaginons maintenant qu’avec les alternances politiques de nouvelles lois soient votées dans quelques années.

Exemple : en 1996 Jean-Pierre CHEVENEMENT a créé le STIC. C’est un fichier dans lequel sont inscrites toutes les personnes qui ont été en contact un jour avec la police, même si elles n’ont pas été ensuite condamnées ou poursuivies (actuellement 22 millions de personnes sont fichées). A l’époque le STIC devait être un fichier policier utilisé par les policiers dans les affaires policières. Depuis, Nicolas SARKOZY est passé par la, la loi a été changée, et maintenant le STIC est également consultable par les administrations, notamment au niveau scolaire ou universitaire (source : conférence « Société et alimentation sous surveillance : gare a la dérive sécuritaire » lors du salon Marjolaine 2006, intervenant : Gilles SAINATI).

Pour en revenir au passe navigo, imaginons que dans quelques années ce passe soit très répandu et que tout le monde s’y soit habitué. Imaginons que sous prétexte d’améliorer ses statistique de fréquentation et de permettre d’adapter en temps réel le nombre de trains au nombre de personnes qui attendent sur le quai, la RATP installe des détecteurs un peu partout dans les couloirs des stations de métro, a l’entrée des quais, etc… Imaginons maintenant qu’arrivent des lois obligeant la RATP a signaler immédiatement a la police l’heure, le lieu et le sens de passage des personnes figurant sur une liste de personnes recherchées ! Imaginons qu’arrivent des lois permettant aux policiers d’être équipes de lecteurs de passe navigo portatifs et d’avoir accès en temps réel au fichier de la RATP qui permet de retrouver l’identité et la photo des porteurs des passes (très efficace dans une manifestation par exemple) ! Imaginons qu’arrive une loi obligeant la RATP a conserver les données de fréquentation pendant plus longtemps que 8 jours et a fournir ces données a la justice en cas de demande (comme c’est deja le cas pour les téléphones portables, les cartes bleues et les connections a internet) ! Imaginons enfin qu’arrivent des lois permettant l’installation de lecteurs de passes dans des lieux publics divers…

Outre les applications de flicage qui sont ainsi techniquement permises on pourrait aussi imaginer des panneaux publicitaires qui affichent des messages ciblés en fonction du sexe, de l’âge, de l’adresse et des lieux les plus fréquentés par les personnes se trouvant devant le panneau (la aussi cela pourrait s’articuler avec un signalement automatique des personnes figurant sur une liste). Evidamment il reste aussi l’éventualité que les fichiers informatiques de la RATP soient piratés et que des petits malins profitent ainsi de toutes ces données personnelles sans y avoir été invités.

Qui est concerné ? Tous ceux qui habitent l’agglomération Parisienne (banlieues comprises) et qui vont à leur travail en transport en commun. En effet l’abonnement aux transports en communs est remboursé à hauteur de 50 % par l’employeur. Quand la carte orange n’existera plus ce sera le passe navigo ou payer le double ! Ca c’est les personnes qui sont concernées actuellement, mais comme mentionné dans S !LENCE n° 329 p. 7 le passe navigo n’est sans doute qu’un étape pour habituer les gens a toutes ces pratiques avant d’intégrer la technologie RFID a la carte d’identité.

En conclusion, la technologie RFID est déjà très peu compatible avec le respect de la vie privée, et le fait d’y associer ainsi un fichier informatique regroupant autant d’informations personnelles est franchement révoltant.

Michael (Essonne)


Cat & Sorcière , le 21/02/2008 (dernière modif : 21/02/2009)

FORUM : Ils ont donné leur avis

  • PASSE NAVIGO ET VIE PRIVEE 26 juillet 2009 23:12

    La police a déjà accès au fichier Navigo. Lors d’une garde à vue, il y a environ un an, les policier m’interrogeant m’ont montré une feuille sur laquelle était inscris mes déplacements des derniers jours. Surpris je leur ai demandé la source de ses informations. Ils n’ont eu qu’à me rappeler que j’utilisais une carte Navigo pour mes déplacements. Cordialement.